Les 10 astuces du jardinage bio

Pourquoi opter pour le jardinage bio ?
69 % des Français ont un jardin et beaucoup d’autres un petit coin de balcon pour planter fleurs, aromates ou quelques pieds de tomates. Or aujourd’hui, environ 8 000 tonnes de pesticides sont utilisés en France dans les jardins. Cela signifie qu’environ 8 % des pesticides répandus en France le sont par des jardiniers amateurs !
Des études ont également montré que les amateurs ont tendance à utiliser engrais, herbicides et insecticides avec générosité. Or, au-delà d’un certain seuil, le produit est moins efficace et le surplus part dans les sols, les nappes phréatiques et devient source de pollution.
Enfin, parmi les nombreuses substances de synthèse qui composent les produits phytosanitaires, certaines sont suspectées d’avoir des effets sur la santé humaine pour les utilisateurs, mais aussi pour le consommateur quand il s’agit de plantes à usage alimentaire. 
Autant de raisons de passer au jardinage biologique.

Le jardinage biologique n’utilise pas de produits de synthèse : ni engrais, ni produits de traitements (contre les maladies ou les ravageurs) issus de la pétrochimie. Cependant, si l’on souhaite obtenir de belles récoltes, il est illusoire de supprimer ces produits sans rien changer à ses habitudes. Le jardinage bio, c’est une autre manière de jardiner ! Voici quelques règles à respecter.

Je crée un jardin adapté à mon sol et au climat
Afin de pouvoir y planter des espèces adaptées, il faut savoir distinguer à quelle catégorie appartient la terre de son jardin. Ses caractéristiques sont toujours liées au climat, au terroir et à son histoire.
C’est en observant son jardin qu’on découvre sa véritable nature : sol, exposition, vents… Mieux on le connaît, mieux on choisit des espèces qui s’y plairont.

Les indices tactiles
• De faible densité, une terre sableuse contient peu de nutriments et nécessite donc un apport plus important en matières organiques (humus, compost) : lorsqu’on l’écrase dans la main, un peu de sable s’en échappe.
• La terre limoneuse est grasse, fertile, riche en micro-organismes et s’émiette facilement entre les doigts sans toutefois y adhérer. C’est la terre rêvée des jardiniers.
• Plus lourde, la terre argileuse est moins facile à travailler mais résiste bien à la sécheresse. Elle colle sur la paume lorsqu’on en fait une boule.

Les plantes bio-indicatrices
Les végétaux ne poussent jamais par hasard. La simple observation des plantes sauvages présentes au jardin donne donc de précieux renseignements sur la qualité du sol et aide ainsi le jardinier à choisir les espèces les plus aptes à s’y développer harmonieusement.
• Le mouron blanc, le plantain lancéolé, la luzerne tachetée et la grande oseille caractérisent les sols bien équilibrés.
• Un excès de calcaire peut se dépister grâce à la présence d’helminthie, de réséda jaune, de pricride fausse-épervière.
• Une terre décalcifiée fait le bonheur de la callune, de la bruyère, du bouleau et du genêt à balai.

Je fais de mon jardin un petit paradis de biodiversité
Un jardin biologique attire toutes sortes de petites bêtes qui vont s’y installer pour peu qu’ils y trouvent ce qu’il faut pour satisfaire leurs besoins. Ils vont se développer aux dépens des ravageurs, évitant ainsi le recours aux pesticides.
Pour attirer tous ces insectes utiles, rien ne vaut les coins de végétation dense et variée, les prairies très riches en fleurs sauvages, le lierre qui fleurit et fructifie tard dans la saison. Les herbes sèches ou un simple fagot de branches glissé sous une haie sont de formidables refuges d’hiver.
Et pour les petits animaux auxiliaires, un mur de pierres sèches où viennent se réchauffer le lézard ou le hérisson, un point d’eau pour les batraciens, une haie qui protège des vents froids et accueille les nids des oiseaux, des buissons à petits fruits (houx, aubépines) qui font le régal des auxiliaires du jardinier en automne et en hiver.

Des insectes amis
• Les coccinelles pondent leurs œufs au milieu des colonies de pucerons, ravageurs de nombreuses plantes, dont se nourrissent les larves à peine écloses. En été, les coccinelles ont besoin d’eau et, en hiver, d’un abri contre le froid et l’humidité (tas de feuilles mortes ou de bois mort, mur tapissé de lierre…).
Attention, il est indispensable de ne pulvériser aucun insecticide sur les plantes, surtout au printemps, afin de permettre aux premières générations de coccinelles de s’installer et de se multiplier. Elles feront alors régulièrement le ménage au jardin.

• Autres insectes utiles contre les ravageurs : les araignées (elles mangent mouches, moustiques et pucerons ailés), les punaises (pucerons, acariens et petites chenilles), les carabes (limaces), les mille-pattes (escargots), les perce-oreilles (chenilles, pucerons)…
• Les papillons, les guêpes, les abeilles, les bourdons font partie de l’immense colonie des insectes pollinisateurs : attirés par le nectar et le pollen des fleurs, ils jouent un rôle essentiel dans leur fécondation.

Et les animaux utiles
• Les oiseaux sont parmi les auxiliaires les plus précieux puisqu’ils débarrassent le jardin des insectes et de leurs larves. Nichoirs, mangeoires et petits abreuvoirs sont les bienvenus au jardin, surtout en hiver. Quant aux chouettes qui se chargent si efficacement d’éliminer les petits rongeurs, il est bon de leur laisser accès aux granges, remises et autres bâtiments abandonnés lors des hivers rudes.
• Lorsqu’ils creusent leurs galeries, les vers de terre aèrent la terre, la fertilisent et en avalent desquantités énormes qu’ils digèrent et rejettentsous forme d’un humus cinq fois plus riche enazote que la terre d’origine. Si, au cours dubêchage, un vers apparaît à la surface du sol, ilfaut le recouvrir de terre pour le protéger desoiseaux.
• Les hérissons sont gourmands de limaces, d’escargots, de chenilles, de hannetons… On peut attirer ces chasseurs nocturnes avec des morceaux de pomme par exemple et leur offrir un abri dans un gros buisson tranquille que personne ne viendra tailler.
• Les chauves-souris dévorent nombre d’insectes nuisibles. Pour l’aider à nicher, il faut éviter de boucher les trous dans les troncs d’arbres ou les ouvertures de grenier.
• Les crapauds se nourrissent abondamment de chenilles, limaces, larves et escargots qui ravagent les végétaux. Ils ne demandent qu’une petite mare, des tas de bois et de pierre pour être heureux au jardin.
• Les orvets ne sont pas des serpents mais des lézards dépourvus de pattes. Inoffensifs, ils nettoient le jardin des vers et des limaces.

J’associe les plantes amies
S’il est essentiel de mélanger les végétaux à besoins différents pour favoriser les belles récoltes et éviter d’appauvrir le sol, les règles de bon voisinage sont tout aussi importantes dans un potager bio : certaines plantes ne peuvent se supporter et dépérissent lorsqu’elles sont ensemble, d’autres en revanche se stimulent, se protègent mutuellement des ravageurs et s’épanouissent alors de façon optimale. Diversifier les espèces et les associer judicieusement sont le meilleur moyen de protéger son jardin en laissant faire la nature.

Quelques exemples de compagnonnages réussis.
• Par leur parfum très marqué, les herbes aromatiques, de même que les soucis et les œilletsd’Inde, protègent les espèces potagères enbrouillant le système de repérage des nuisibles ouen servant de répulsif (la sauge et le romarinrepoussent la mouche de la carotte, le romarinéloigne la piéride du chou, le thym fait fuir leslimaces...).
• Le basilic facilite une bonne croissance de la tomate tout en améliorant son goût, la digitale favorise la résistance des plantes en poussant auprès d’elles.
• Plantée au pied des rosiers, la lavande écarte leurs parasites, tout comme la capucine qui repousse les mouches blanches et les fourmis et attire les pucerons : il suffit alors de couper ses tiges volubiles pour se débarrasser de ces prédateurs.
• En cas de sécheresse, les légumes à grande végétation (tomates, haricots grimpants…) offrent aux salades un abri indispensable.

Je privilégie les variétés anciennes ou rares
Les statistiques établies par les spécialistes laissent rêveur : 80 % des légumes cultivés en France ont disparu en 50 ans. De fait, qui connaît – mais surtout qui cultive – l’ache des montagnes (L. Levisticum Linné) ? Ses feuilles fraîches sont très aromatiques et relèvent potages, viandes et pot au feu. Le coqueret du Pérou, l’énothère, l’onagre appelée aussi jambon du jardinier, les très ornementales morelles de Balbis ou tomate « litchi », les tomates cœur de bœuf, les tomates roses côtelées de Valence sont très peu cultivés par les jardiniers.
Sauf par quelques-uns, notamment à la ferme Sainte-Marthe (Sologne), au Potager d’un curieux (Saignon), à Valmer (Touraine), à Saint-Jean-de-Beauregard où l’on cultive des espèces anciennes et surtout où l’on vend et échange des graines.
C’est une manière de sauver le patrimoine végétal et de manger diversifié. Une préoccupation qui a mobilisé, dès la fin des années 1970, l’association des Croqueurs de pommes qui s’est donné pour objectif de sauvegarder la diversité des arbres fruitiers. Elle engage les membres de l’association à planter des espèces locales et rares qui souvent sont les plus adaptées aux conditions du terroir.
Pourquoi ne pas vous lancer dans la culture de légumes oubliés ou inconnus, une belle manière de surprendre vos convives par des petits plats inhabituels !
Elles ne sont pas forcément faciles à trouver, mais on sèmera de préférence des graines et des semences issues de l’agriculture bio, c’est-à-dire, rappelons-le, produites sans pesticides ni engrais chimiques.

Je révise ma définition des mauvaises herbes
Arracher les herbes indésirables sans discernement est une funeste erreur tant celles-ci peuvent rendre de services au jardinier (le premier étant de participer à l’essentielle biodiversité). Les paysans d’autrefois ne laissaient-ils pas reposer leurs champs pour que ces petites sauvages puissent reconquérir le terrain, protéger le sol et l’enrichir ?
Dans un jardin bio, l’important est d’arriver à contenir le développement des herbes indésirables pour trouver un équilibre acceptable entre elles et les plantes d’agrément.

Des herbes pas si mauvaises
• Grâce à leurs puissantes racines, le pissenlit et le séneçon ameublissent la terre et l’aèrent.
• La pâquerette, l’érigeron, le pavot, le trèfle, le chardon, le pissenlit, l’ortie, le liseron attirent les abeilles, les papillons et bien des insectes utiles. Tout comme la menthe, un couvre-sol très efficace qui étouffe d’autres mauvaises herbes et prévient le jardinier de la présence d’eaustagnante dans la terre.
• Mélangées les unes aux autres, les mauvaises herbes forment un excellent compost, un engrais vert efficace et peuvent aussi servir à pailler la terre.

Comment désherber ?
Le plus simple est d’arracher les mauvaises herbes à la main. Plutôt que d’ôter de grosses mottes de terre, mieux vaut couper les racines avec un couteau bien aiguisé. Pour garder les plates-bandes propres, un binage régulier s’impose, surtout au printemps et en été. Avec un sarcloir, on peut aussi couper les racines des plantules (deux ou trois fois par an). Autre procédé écologique : le désherbage à l’eau bouillante que l’on verse à l’aide d’un arrosoir idéalement muni d’une pomme à grille métallique sur les herbes jeunes (deux ou trois fois par an).

Je nourris le sol plutôt que la plante
Au jardin bio, la plante trouve tout ce dont elle a besoin dans le sol. Le jardinier veillera donc à proposer un sol équilibré, riche, aéré et laissera la nature faire le reste…
Mais pour éviter que le sol ne s’épuise, quelques astuces existent : un peu de compost, une volée d’engrais verts et quelques gestes mesurés.

Faire soi-même son compost
Ce mélange des déchets organiques de la maison et du jardin a un effetstructurant sur le sol, améliore saqualité et sa fertilité. En se décomposanten carbone indispensable à lavie microbienne, il apporte à la terretous les éléments dont elle a besoin.
• Choisir un coin du jardin ensoleillé et bien drainé, facilement accessible toute l’année. Retourner le sol avant la mise en place et le tapisser d’un rang de petites branches.
• Poser en alternance une couche (20 centimètres maximum) de déchets humides riches en azote et de déchets secs riches en carbone. Dans la première catégorie, entrent tous les déchets de cuisines fermentescibles (épluchures de fruits et de légumes, restes de repas mais en évitant viandes, poissons, produits laitiers et graisses qui ont du mal à se décomposer ou risquent de dégager des substances entravant le processus) et les déchets verts (feuilles, herbes). Les déchets secs, ou ligneux, sont composés des branches (si possible broyées pour mieux les incorporer), des papiers, cartons, etc. Proscrire plastiques, verres, cailloux et métaux.
• Ajouter un peu de compost mûr (fait 6 mois avant) pour accélérer le processus.
• Mélanger chaque nouvelle couche avec celle du dessous pour l’ensemencer en micro-organismes. Le compostage sera ainsi plus rapide.
• Retourner régulièrement le tas et l’arroser : pour se décomposer, les matériaux ont besoin d’air et d’humidité.
• Couvrir le compost pour le protéger du froid et des fortes pluies.
• Suivant le temps ou la saison, le compost peut être prêt au bout de six à douze mois. Un bon compost ressemble à de la terre, il n’a pas d’odeur, il est souple et homogène.
• Le compost s’épand en surface (ne pas l’enfouir lors du bêchage) et s’incorpore par un léger bêchage. Ce sont les vers de terre et les micro-organismes qui se chargeront de le mêler intimement à la terre.
• Dans un petit jardin, on peut utiliser un silo à compost : qu’il soit en planches ou en rondins, en briques ajourées ou en treillis métallique, l’important est qu’il laisse passer l’air.

Les engrais verts
Cette méthode paysanne très ancienne consiste à cultiver des plantes à croissance rapide puis à les enfouir dans la terre pour lui fournir de l’humus et en améliorer la qualité. De plus, pendant qu’elles occupent le terrain, ces plantes protègent le sol de l’évaporation et empêchent la prolifération des mauvaises herbes tandis que leurs racines l’aèrent, lui apportent des éléments nutritifs et empêchent la pollution des nappes phréatiques.
Exemple : le lupin fourrager stocke l’azote et, une fois enfoui, enrichit le sol, permettant de l’équilibrer s’il est trop acide.

Trace de traitement
Les engrais naturels
Respectueux de l’environnement, les engrais naturels ont un effet nutritif rapide et apportent au sol les minéraux essentiels à la croissance des plantes : l’azote pour les parties vertes, le phosphore pour les parties ligneuses et le potassium pour la circulation de la sève et la résistance auxmaladies.
• Les engrais d’origine végétale : goémon, tourteau de ricin, vinasse de betterave, purin de prêle, de consoude ou d’ortie qui prévient également les attaques des parasites…
• Les engrais d’origine animale : farine de sang séché de volaille, farine de plumes, corne torréfiée et broyée, guano et arêtes de poissons très riches en phosphates et qui conviennent à tous les types de plantes.
• Les engrais d’origine minérale : gisements naturels de roches broyées, patentkali riche en potasse, en magnésium et en soufre…

Les alternatives aux pesticides
Le jardinier bio dispose d’une véritable pharmacieverte faite de produits courants qui aident les végétaux à résister aux attaques parasitaires, causes de bien des maladies, tout en respectant l’équilibre écologique. À  garder toujours à portée de main :
• La bouillie bordelaise, mélange de chaux et de sulfate de cuivre, prévient et soigne les maladies des fruitiers (mildiou, cloques, chancres..).
• Le savon noir en décoction, pulvérisé sur les feuilles des plantes, évite les attaques des pucerons, des araignées rouges et de certaines cochenilles.
• La poudre de pyrèthre, issue d’une une plante proche des chrysanthèmes, paralyse les insectes parasites.
• Le bacillus thuringiensis, présent dans certains insecticides biologiques, est une bactérie d’une redoutable efficacité contre les chenilles.
• La prêle en décoction (ou vendue en poudre dans le commerce) augmente la résistance des plantesaux maladies provoquées par les champignons.

Je gère ma consommation d’eau
Pour bien gérer sa consommation d’eau au jardin, quelques astuces existent :
• Choisir son heure selon la saison : tôt le matin au printemps, à la nuit tombante pendant l’été pour restreindre l’évaporation.
• Bannir les jets trop puissants qui tassent et durcissent la terre, déchaussent les plantes et se répandent inutilement. Mieux vaut commencer par arroser doucement pour donner à l’eau le temps de bien pénétrer dans le sol.
• Arroser moins souvent mais plus longtemps (une à deux fois par semaine selon la saison), en concentrant l’eau vers les racines, ce qui limite les problèmes d’évaporation entre chaque séance et oblige la plante à puiser profondément dans le sol. Elle résistera mieux à la sécheresse.
• Installer un goutte à goutte : ce système très efficace est composé d’un réseau de tuyaux micro poreux, enterrés ou non, qui permettent aux végétaux de profiter à 100 % de l’arrosage en drainant l’eau à leur pied, sans évaporation ni ruissellement.
• Attention aux arrosages excessifs qui peuvent entraîner le développement de champignons responsables de maladies comme l’oïdium.

Le meilleur isolant thermique de la terre : le paillage
En recouvrant la terre avec du fumier bien décomposé, des feuilles mortes, des fleurs fanées, des herbes, des écorces ou des branches broyées par exemple, on la protège du soleil (ce qui permet de limiter les arrosages) tout comme des fortes pluies qui risquent de former une croûte en surface. Le paillage allonge ainsi la période d’activité des micro-organismes, favorise la prolifération d’insectes prédateurs de ravageurs et empêche même les mauvaises herbes de pousser.

Récupérer l’eau de pluie
L’eau de pluie assure aux plantes le meilleur des arrosages : lorsqu’elle tombe du ciel, elle est vivante, naturellement douce. Elle ne contient ni chlore ni fluor et très peu de sels minéraux. Mieux, elle est pauvre en calcaire que tant de végétaux redoutent car il les fait jaunir et s’étioler. Autre avantage de l’eau de pluie stockée à l’extérieur : elle est toujours à bonne température et ne fait subir à la plante aucun choc thermique.